Derrière « The Abbess Garden », jeu de jardinage historique développé par MD Studio et édité par indie.io, on trouve une chercheuse installée à Craon, en Mayenne, Edwige Lelièvre, qui travaille par ailleurs sur l’histoire et le jeu vidéo. Le but du jeu ? Restaurer en 1643 le jardin de l’abbesse de Port-Royal-des-Champs, une abbaye de la vallée de Chevrettes aujourd’hui devenue musée national.
Pour fabriquer son jeu, le chercheuse Edwige Lelièvre n’a pas eu à inventer de jardin ou l’imaginer de toute pièce. Celui de l’abbesse de Port-Royal-des-Champs a existé, il est bien documenté, et il fonctionnait selon des règles précises qui fixaient ce qu’on avait le droit d’y planter. Giovanni Rubino, le concepteur narratif du jeu, explique que ces règles ont permis à l’équipe de développement de délimiter le contenu du jeu. Mais le lieu offrait autre chose : une intrigue.
L’abbaye se trouvait assez loin du regard du royaume, mais assez près de Paris pour servir de refuge à de grandes figures de l’époque. L’abbesse Angélique Arnauld et sa famille y accueillaient avec bienveillance les jansénistes, ce qui renforçait ce rôle de refuge. Le jansénisme est une doctrine catholique sur la grâce, l’aide que Dieu accorde à l’homme pour son salut. Elle vient de l’« Augustinus », le livre de l’évêque flamand Jansénius publié en 1640. Selon cette doctrine, seule la grâce de Dieu permet à l’homme de se sauver, et Dieu ne l’accorde pas à tous. Les jésuites l’ont aussitôt attaquée, et Antoine Arnauld, le frère d’Angélique, a pris sa défense. En 1653, le pape Innocent X a condamné comme hérétiques cinq propositions tirées de l’« Augustinus ».
Dans « The Abbess Garden », on incarne Agnès, une jeune paysanne chargée de remettre en état ce jardin oublié. Au fil des saisons, elle cultive des plantes réelles et apprend à les identifier. De nouvelles parcelles s’ouvrent à mesure que le jardin reprend, et des objets enfouis remontent, parmi lesquels le livre d’un espion mort. La communauté de l’abbaye cherche à en percer le sens avant qu’il n’attire l’attention des cours d’Europe.
La chercheuse revient sur son terrain
Edwige Lelièvre n’en est pas à son coup d’essai. En 2014, elle développait déjà « OFabulis » avec le Centre des monuments nationaux. Port-Royal-des-Champs était aussi son terrain bien avant « The Abbess Garden ». Dans le cadre d’un projet de recherche baptisé Vestigia, alors qu’elle était maîtresse de conférences à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, elle a réalisé « Vestigia – Songe », un court jeu expérimental bâti en sept jours d’atelier. Philippe Luez, conservateur en chef du patrimoine et directeur du musée national de Port-Royal-des-Champs, faisait partie de l’équipe. Sylvain Hilaire, qui dirigeait le centre de ressources du musée, y participait aussi.
On retrouve Sylvain Hilaire sur « The Abbess Garden ». Il préside aujourd’hui Paradeisos, une association consacrée aux jardins européens, et il est le conseiller historique du jeu tout en participant à l’écriture de son scénario. Edwige Lelièvre en assure la programmation. Joy en signe les dessins, Laurène Telenaria la musique, et Vincent Meriel coécrit le scénario avec Giovanni Rubino.
Un jeu de niche, mais remarqué
Le jeu a été sélectionné pour la Women-Led Games, The Game Awards Edition, une vitrine des jeux dirigés par des femmes. Pour Edwige Lelièvre « on a perdu la sensibilité à la nature. » Et pourquoi pas un jeu vidéo pour la retrouver ?
The Abbess Garden
- Nature
- Sortie jeu vidéo
- Plateformes
- PC (Steam)
- En pratique
- « The Abbess Garden », MD Studio et indie.io, sur PC (Steam), en anglais uniquement.