Le Casque et L’Enclume, le jeu vidéo est une culture

Jeudi 8 octobre 2026

« Inkblood » un jeu vidéo tchèque sur les traces de Karel Zeman et Jiří Brdečka

Un inquisiteur enquête sur une secte meurtrière sans jamais pouvoir descendre de sa calèche. Voilà le principe de « Inkblood », ueu vidéo d’enquête du studio tchèque Hey Bird!. Pour dessiner ce huis clos sur roues, l’équipe d’une dizaine de personnes a puisé dans deux adaptations tchécoslovaques de Jules Verne, dont celle de Karel Zeman en 1958. Le jeu sortira sur PC en 2026, et sa démo est jouable sur Steam depuis le 1er octobre.

Dessin au crayon d'un sous-marin de style rétro, avec hublots ronds, tourelle et hélice à l'arrière, sur fond blanc.

Connaissez-vous Karel Zeman et Jiří Brdečka ? En 1958, le premier tournait d’après Jules Verne un film dont chaque décor imitait les gravures des premières éditions du romancier. Le second en cosignait le scénario. En 1981, Brdečka adaptait encore Verne, « Le Château des Carpathes » cette fois, avec le réalisateur Oldřich Lipský. C’est un jeu vidéo, « Inkblood », qui rappelle aujourd’hui ces deux artisans du cinéma tchécoslovaque.

Le joueur y incarne un inquisiteur, un enquêteur au service d’une administration religieuse toute-puissante, quelque part en Europe centrale au début du XXe siècle. Une secte sème la mort dans la région, et le prédécesseur de l’inquisiteur a disparu sans laisser de trace. L’inquisiteur mène toute l’enquête sans jamais descendre de sa calèche.

La voiture n’a pas de portes et personne ne monte à bord. Les témoins peuvent communiquer par des lettres glissées par l’une des fenêtres. La carte de la région est dessinée sur le dos du cocher, et le joueur y choisit sa prochaine étape parmi cinq lieux qui ne s’observent que par l’une des trois fenêtres de la calèche.

Dans ce logis nomade, l’inquisiteur photographie les indices avec un appareil d’époque et compile son dossier. Ici, une pie apprivoisée va chercher les objets qu’il désigne et là, une loupe lui montre la scène telle qu’elle était au moment du drame. L’équipe superpose pour cela deux versions du même décor, l’une de nuit et l’autre de matin. Quand l’inquisiteur tient une théorie, il appelle son supérieur pour la lui soumettre. Aucun menu ne recouvre l’image. Tout passe par des objets dessinés dans la calèche, tout est tactile.

Une parodie de 1981 inspire la directrice artistique

La directrice artistique de « Inkblood », Natálie Konečná, a trouvé sa première inspiration dans un film tchécoslovaque de 1981, « Tajemství hradu v Karpatech », littéralement « Le Secret du château des Carpathes ». Le réalisateur Oldřich Lipský et le scénariste Jiří Brdečka y adaptent librement « Le Château des Carpathes », un roman de Jules Verne paru en 1892. Ils en font une parodie fantastique, où un baron retient une cantatrice dans un château rempli des inventions d’un savant fou. Natálie Konečná dit retrouver dans le jeu « tout le grotesque et toute l’étrangeté » de ce film.

Les hachures de Zeman reviennent à l’écran

Karel Zeman, lui, est cité par l’animateur du jeu, Ivan Štrobl, formé à Zlín, la ville de Moravie où le cinéaste a réalisé ses films. Zeman, né en 1910 et mort à Zlín en 1989, était réalisateur, marionnettiste et animateur. Pour son film de 1958, « Vynález zkázy », il creuse des sillons dans un rouleau à peinture et couvre décors et costumes de rayures, afin d’imiter les gravures des romans de Verne. Le film remporte le Grand Prix de l’Exposition universelle de Bruxelles et se vend dans 79 pays.

« Inkblood » fait entendre cette même vibration par d’autres moyens. Štrobl anime les personnages par découpage, une technique où chaque figure est faite de pièces dessinées que l’on articule. L’équipe a aussi écrit un shader, un petit programme qui calcule l’aspect de l’image, pour reproduire le tremblement du trait propre au dessin animé à la main. Le trait tremblant que Zeman gravait en 1958 sur ses décors tremblera donc sur PC en 2026.

Infos pratiques

« Inkblood », Hey Bird ! et Critical Reflex, sur PC, sortie prévue en 2026. Démo gratuite sur Steam.

Bande annonce