Le 10 septembre 2026, le site japonais Cinema Today a mis en ligne un entretien filmé entre Hideo Kojima, le créateur de la série « Metal Gear », et le cinéaste Shinya Tsukamoto. L’entretien accompagnait la sortie au Japon, le lendemain, du nouveau film de Tsukamoto, consacré à un ancien soldat de la guerre du Vietnam. Le concepteur de jeux y reproche à son propre médium de faire jouer la guerre sans jamais l’expliquer.
Des noms de chars et quelques armes. Pour Hideo Kojima, voilà tout ce qu’un joueur retient aujourd’hui d’un jeu vidéo de guerre. Le créateur de « Metal Gear » l’a déclaré face à Shinya Tsukamoto, le réalisateur de « Tetsuo », dans un entretien passionnant. Ces jeux de guerre procurent du plaisir, reconnaît Kojima, mais on n’y apprend jamais contre qui on se bat, ni pourquoi la guerre a éclaté. Que souhaite Kojima ? L’artiste rêve que ce genre de jeu montre ce qu’une guerre provoque quand elle éclate, et pour quelles raisons elle éclate. Selon lui, un joueur qui comprendrait ce contexte freinerait chez lui l’envie de guerre au lieu de l’entretenir.
Dans l’entretient, Tsukamoto le contredit pourtant. LE réalisateur affirme avoir éprouvé l’inverse quand il a joué, dans le studio de Kojima, à l’un de ses jeux dans le rôle de l’attaquant, et avoir eu peur de chaque tir tant la scène était réaliste.
Un film sur le soldat qui revient
L’entretien croisé portait sur le film « Monsieur Nelson, avez-vous tué des gens ? », sorti au Japon le 11 septembre dernier. Son titre reprend celui d’un livre qu’Allen Nelson a publié en juillet 2003, à l’intention des jeunes lecteurs. Nelson est né en 1947 à Brooklyn. Ce Noir américain s’était engagé à 18 ans dans les Marines pour échapper à la pauvreté et à la discrimination, puis avait combattu en première ligne au Vietnam. Revenu de la guerre, il a raconté ce qu’elle était réellement dans plus de 1 200 conférences au Japon, malgré un syndrome de stress post-traumatique sévère. D’après Tsukamoto, ces conférences le soignaient autant qu’elles servaient à prévenir les autres.
Et Kojima de conclure l’échange sur Tsukamoto lui-même. Ce qui l’effraie, a-t-il dit, c’est un monde où l’on en vient à obliger un réalisateur à tourner des films de guerre.