Le Casque et L’Enclume, le jeu vidéo est une culture

Jeudi 8 octobre 2026

L’odyssée de « BioShock », le film qui ne veut pas se faire

Dès sa sortie e en 2007, Hollywood souhaite porter « BioShock » sur grand écran et en premier lieu, dès 2008, puis Guillermo del Toro s’y sont essayés, avant que Netflix ne porte le projet depuis février 2022. Sans succès.

Lors de sa première réunion chez Universal sur le projet, le réalisateur de « Pirates des Caraïbes », Gore Verbinski, annonce d’emblée la couleur en présentant un budget à 200 millions de dollars, classé R, c’est-à-dire interdit aux moins de 17 ans non accompagnés, afin d’adapter le jeu vidéo « BioShock » qui vient de sortir sur les écrans de cinéma. Silence dans la salle. Le cinéaste racontera ce moment suspendu, silence qu’il tient pour le premier signe de ce qui va suivre.

Universal s’engage, puis coule

Après cette séance sans bruit, le studio annonce pourtant la mise en route du film en mai 2008, avec Gore Verbinski à la réalisation et John Logan, le futur scénariste de « Skyfall », au script. Le jeu a de quoi séduire un cinéaste. Avec pour décor Rapture, une cité sous-marine bâtie comme une utopie et inspirée de l’autrice Ayn Rand, le joueur avance au sein de cette ville en décrépitude face à de gros scaphandriers appelés les Big Daddies. Verbinski dira plus tard qu’il avait pu produire de très beaux dessins préparatoires avec une esthétique Art déco devenue démente. Mais le cinéaste aimait surtout son récit, dont le narrateur jouait avec la notion même de libre arbitre. La sortie du long métrage était alors prévue pour 2010.

La bascule se situe en 2009, quand le film « Watchmen », pourtant un succès critique, déçoit au box-office. C’était déjà une superproduction interdite aux mineurs, et Universal demande à Verbinski de ramener son budget à 80 millions de dollars. Le studio veut aussi un film classé PG-13, accessible aux adolescents. Comme Ulysse entre Charybde et Scylla, le cinéaste se retrouve à choisir entre deux maux : un film au rabais ou un film édulcoré. Il refuse l’un et l’autre,  et à l’été 2009, il quitte la réalisation pour le projet « Rango » avec un rôle de producteur.

Le créateur du jeu reprend son bien

Juan Carlos Fresnadillo, le réalisateur de « 28 semaines plus tard », reprend le projet quelques mois plus tard et entre en préproduction début 2010. Le film s’arrête encore, huit semaines avant le premier jour de tournage. En 2012, Fresnadillo annonce qu’il  quitte à son tour le navire en expliquant que le studio et l’éditeur du jeu ne se sont jamais accordés sur le budget ni sur le classement à la sortie. Un an plus tard, Ken Levine, le créateur de « BioShock », tranche dans le vif et indique qu’il a mis fin à l’accord. Selon lui, les dépassements de budget seraient la principale source de la discorde.

Del Toro raccroche

Au tour du réalisateur mexicain Guillermo del Toro de tenter sa chance. En 2017, le réalisateur du « Labyrinthe de Pan » disait encore qu’il aimerait voir l’histoire du jeu portée à l’écran. Il raconte avoir eu quelques échanges avec les ayants droit, et il range ces derniers parmi les plus désastreux de sa carrière. Il n’en a pas dit davantage sur leur contenu, mais il a sa version sur pourquoi « BioShock » résiste au cinéma. Le joueur croit avancer dans un bac à sable infini, alors que le jeu le guide à droite ou à gauche au nom de ses « propres décisions », puis finit par le coincer. Del Toro appelle cette structure un « mandala ». Sauf qu’un film ne peut demander une telle chose à son spectateur, d’où la difficulté pour adapter l’œuvre vidéoludique qui doit aussi son génie à son médium.

Netflix attend son réalisateur

Et puis il y a l’inévitable Netflix qui annonce sa propre adaptation début 2022. À l’été, la plateforme confie la réalisation à Francis Lawrence, le réalisateur de plusieurs « Hunger Games », et le scénario à Michael Green, l’auteur de « Logan » et de « Blade Runner 2049 ». Deux ans plus tard, le producteur Roy Lee et Francis Lawrence annoncent un budget revu à la baisse, pour un film plus intime que la superproduction à 200 millions de dollars de Verbinski. Comme Calypso retint Ulysse sept ans sur son île, les autres films de Lawrence retiennent le projet à quai.  « Marche ou crève » puis le prochain « Hunger Games » retardent le tournage.

Netflix vise désormais un début de tournage en 2027.

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