Sorti en juillet 2025, « The Drifter » forme un jeu d’aventure en pixels signé par deux Australiens, où le joueur clique pour guider un vagabond dans une conspiration de série B. Sony Pictures vient d’en acheter les droits pour un long métrage en prises de vues réelles.
Mick Carter meurt très vite dans « The Drifter », avouons-le. Le héros a le temps d’assister à un meurtre sur le port, avant que des hommes suréquipés n’attachent le témoin malgré lui à une ancre et le jettent à l’eau. Le joueur clique partout, cherche l’objet qui le sauverait, ne trouve rien, et l’écran devient noir. Sauf que Mick se réveille quelques secondes avant sa noyade. Cette mécanique de mort imminente et de retour à la vie tient le titre de bout en bout, elle et son décor d’Australie pouilleuse de la fin des années 1990, sans oublier une conspiration médicale qui s’épaissit à mesure que le héros perd pied. Dave Lloyd a écrit, conçu et programmé « The Drifter » seul, Barney Cumming en a dessiné chaque pixel. Quant au comédien Adrian Vaughan, il en est le narrateur.
Dave Lloyd et Barney Cumming travaillent à deux, dans un bureau de Melbourne, et dessinent des jeux en pixels comme on n’en fait plus depuis les années 1990. Lloyd a écrit, conçu et programmé « The Drifter » seul, Cumming en a dessiné chaque image, le comédien Adrian Vaughan le raconte. Le jeu, sorti en juillet 2025, se joue à la souris, en cliquant sur les décors. Un an plus tard, Sony Pictures leur achète les droits du film. Hollywood adapte d’habitude « Resident Evil », « Tomb Raider » ou « Sonic », des marques que des millions de joueurs connaissent, et voilà un studio de deux personnes, un jeu d’aventure en deux dimensions et une poignée de prix australiens qui font le même chemin.
Un stock, pas une porte qui s’ouvre
L’affaire se lit volontiers comme une consécration du jeu indépendant. Elle ressemble aussi à un achat de matière première. Story Kitchen n’est pas un studio de cinéma, c’est une maison qui achète des jeux pour en faire des films. Dmitri M. Johnson, producteur des « Sonic », et Mike Goldberg, ancien agent qui représentait Sega et Square Enix, l’ont fondée en 2022 avec le scénariste de « John Wick », et elle se qualifie elle-même de « Franchise Farmers », éleveuse de franchises. Elle a déjà annoncé plus de trente projets et détient des options sur « Dredge », « Disco Elysium », « It Takes Two », « My Friend Pedro », « Vampire Survivors », « Slime Rancher » et trois jeux tirés de la plateforme Roblox. Elle a signé trois accords de préemption, avec DreamWorks Animation en 2024, avec Amazon MGM jusqu’en 2028, et dès 2021 avec Raw Fury, un éditeur spécialisé dans les jeux indépendants. Elle avait acquis les droits de « Clair Obscur: Expedition 33 », le jeu du studio montpelliérain Sandfall Interactive, le 30 janvier 2025, presque trois mois avant que le jeu sorte. Hollywood ne découvre donc pas les petits studios. Il les achète en amont, quand l’option coûte encore peu?
Reste à savoir ce qui traverse réellement l’écran pour toucher les spectateurs. Sony acquiert ici une intrigue et un personnage, sans licence mondiale ni ligne de produits dérivés à exploiter derrière. Story Kitchen a quatre ans, plus de trente jeux en portefeuille, et n’a encore livré qu’une série animée « Tomb Raider » sur Netflix. La série en prises de vues réelles, avec Sophie Turner, se tourne depuis janvier 2026 en Angleterre et en Espagne, et arrive en 2027 sur Prime Video avec « Life Is Strange » et « Sonic 4 ». Mick Carter, lui, n’a toujours ni scénariste ni réalisateur.
« The Drifter », développé et édité par Powerhoof, jeu d’aventure, sur PC, Mac, Linux et Nintendo Switch, sorti le 17 juillet 2025. Adaptation cinématographique annoncée par Sony Pictures et Story Kitchen le 2 septembre 2026, sans date de sortie.