Le musée national des arts asiatiques à Paris consacre une soirée au dernier long métrage achevé du réalisateur Satoshi Kon, « Paprika », sorti au Japon en novembre 2006.
Une machine enregistre le rêve du dormeur, puis le déverse dans le réel jusqu’à ce que plus rien ne distingue ce qu’on a vu éveillé de ce qu’on a rêvé. En 2006, le scénario relevait de la science-fiction, et le spectateur de 2026 fait défiler tous les jours des images fabriquées par des machines. « Paprika » suit ainsi une chercheuse qui s’introduit dans les rêves de ses patients au moyen de cette machine, la DC Mini. Un prototype est volé, et les songes des autres contaminent le réel jusqu’à ce que la frontière cède. Adapte un roman de Yasutaka Tsutsui paru en 1993, le film d’animation a été présenté à la Mostra de Venise en 2006. C’est le quatrième et dernier long métrage de Satoshi Kon, mort d’un cancer le 24 août 2010 à quarante-six ans, un mois après la sortie d’Inception, auquel la critique n’a cessé de comparer son film depuis.
Le film n’a pas été un succès en salles, loin de là. Il a rapporté 2,5 millions de dollars dans le monde pour un budget de 2,6 millions de dollars de l’époque. Son statut s’est construit ailleurs, sur une séquence que tout le monde a vue avant d’avoir vu le film. La parade, un cortège de poupées, de grenouilles, de réfrigérateurs et de statues qui traverse la ville en chantant, a été animée sur la musique de Susumu Hirasawa plutôt que l’inverse, et elle circule depuis vingt ans détachée de son récit. Le reste de sa postérité tient à quelques scènes que les spectateurs d’Inception ont cru reconnaître quatre ans plus tard : un couloir d’hôtel qui se déforme et met les corps en apesanteur, un miroir brisé qui ouvre le passage vers un autre rêve, un ascenseur dont chaque étage donne sur un souvenir. Nolan n’a jamais cité Kon et déclare avoir eu l’idée de son film dès 2001.
Le film a donc trouvé son public par le canal qu’il décrit, celui des images qui passent d’un écran à l’autre. Sony Pictures l’a restauré en 4K, et cette copie l’a ramené dans les salles à un rythme que peu de films de vingt ans connaissent. Elle est ressortie aux États-Unis , en Italie, puis en France en avril 2025, et enfin au Japon en ressortie nationale début 2026. Le festival Lumière l’a programmée à la Halle Tony Garnier lors d’une nuit consacrée à l’animation japonaise, en présence d’Orelsan.
La soirée au musée Guimet déborde la projection, et pour cause. Le film passe dans la rotonde-belvédère du musée, en deux séances de quarante places à 19h30 et 21h15, quatre-vingts spectateurs au total pour une capitale de deux millions d’habitants, et les deux ont affiché complet avant la date. Le Han, le rooftop du musée, propose à partir de 19 heures une programmation consacrée à Tokyo, puis un passage aux platines de Vega Voga, compositrice et productrice japonaise installée à Paris, de 21 heures à 23 h 30. Les collections japonaises du deuxième étage restent accessibles pendant ce laps de temps. L’ensemble est gratuit et organisé avec le Tokyo Convention & Visitors Bureau, l’organisme de promotion touristique de la métropole japonaise, avec la participation de Sony Pictures.
L’anniversaire se prolonge à deux kilomètres de là. La librairie japonaise Junku accueille du 11 au 22 septembre une boutique éphémère consacrée à « Paprika » et à « Perfect Blue », montée par la société japonaise Feux Co., Ltd., qui organise également la soirée du musée. C’est la deuxième opération de ce type à Paris cette année, après celle de juin dans le Marais, calée sur la Fashion Week. Le Japon a ouvert le bal en janvier, quand l’enseigne Parco a habillé son magasin de Shibuya aux couleurs du film pour son Grand Bazar, et une projection de la version remasterisée en 4K dans son propre cinéma. Vingt ans après une sortie qui n’avait pas rentabilisé son budget, le film vend des sweats, des porte-clés et des mugs, et le roman de Tsutsui a été réédité au Japon sous une couverture tirée du film.
Paprika
- Dates
- 11 septembre 2026
- Nature
- Festival / Convention
- Lieu
- Paris, Musée national des arts asiatiques – Guimet, 6 place d’Iéna, Paris 16e
- En pratique
- « Paprika », de Satoshi Kon, Japon, 1 h 30, VOSTFR. Musée national des arts asiatiques – Guimet, 6 place d’Iéna, Paris 16e, vendredi 11 septembre, deux séances annoncées à 19 h 30 et 21 h 15, quarante places chacune. Soirée « Tokyo Night » sur le rooftop de 19 heures à 23 h 30, DJ set de Vega Voga à partir de 21 heures. Le musée n’a pas publié le lieu exact de la projection ni les conditions d’accès. Pop-up store « PERFECT BLUE x Paprika », librairie Junku, du 11 au 22 septembre.