Le Casque et L’Enclume, le jeu vidéo est une culture

Jeudi 8 octobre 2026

Le collectif Secret Handshake installe une borne d’arcade anti-Trump au Groenland

Le collectif d’artistes américains Secret Handshake a installé il y a quelques jours quatre bornes d’arcade jouables, trois à Washington et une à Nuuk, la capitale du Groenland. Leur jeu s’appelle d’ailleurs « Nuuk ’Em All », et il fait de Donald Trump le héros d’une expédition vers l’île arctique.

Dessin à l'encre et lavis gris : un homme âgé en costume, tête baissée, devant une borne d'arcade posée au bord d'une falaise.

Il faut imaginer une borne d’arcade solitaire, finement dressée seule au bord d’une froide falaise, au-dessus de la mer. Le petit iceberg qui flotte en contrebas semble lui tenir compagnie tant les toits pointus de Nuuk semblent loin. « Si l’on fait un jeu sur le lifting de l’Arctique par l’Amérique, il parait juste que les Groenlandais le voient en premier », s’explique le collectif d’artistes Secret Handshake à l’origine de ce drôle de projet. Transporter la bête jusque-là n’a pas été une partie de plaisir, avouent-ils.

Il y a trois autres bornes dans ce projet politico-ludique et elles n’ont pas été posées n’importe où, mais devant le DC War Memorial, monument aux morts de la Première Guerre mondiale situé sur le National Mall, la grande esplanade de Washington. Elles devaient y rester plusieurs jours, mais le jeu peut se jouer gratuitement en ligne pour celles et ceux qui n’ont pas prévu le voyage.

Le Groenland devient un niveau de jeu

Le calendrier n’a rien de fortuit non plus. Le 22 septembre 2026, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, Donald Trump, la Première ministre danoise Mette Frederiksen et le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen ont signé un accord qui élargit la présence militaire américaine sur l’île, territoire autonome du royaume de Danemark. Le texte amende un accord de défense de 1951 et prévoit deux nouvelles zones militaires, à Narsarsuaq au sud et à Mestersvig à l’est. Donald Trump y voit pour les États-Unis un « contrôle permanent de la sécurité ». Secret Handshake parle de son côté d’une « occupation douce ».

Dans « Nuuk ‘Em All », le joueur dirige un petit Trump de pixels, dans la pure esthétique 16 bits des consoles de salon du début des années 1990. La partie s’ouvre sur une Maison-Blanche couverte de grues, puis passe à Mar-a-Lago, la résidence floridienne du président, où Pete Hegseth, chef du Pentagone, vient le tirer de sa « sieste tactique ». En route vers le nord, le héros affronte des « enfants entièrement vaccinés », des « yétis woke » et les Danois, « le peuple le plus heureux du monde ». La vraie difficulté, selon le collectif, un brin moqueur, consiste à empêcher le président de se rendormir. En quête annexe, le joueur ramasse les lettres de Natalie Harp, collaboratrice de Donald Trump.

Le collectif retourne l’arme de la Maison-Blanche

Secret Handshake se décrit comme un petit groupe de citoyens anonymes souhaitant peser sur le débat politique par l’humour et le jeu. On lui doit d’ailleurs une statue dorée de Donald Trump main dans la main avec Jeffrey Epstein. Le jeu vidéo est entré dans son répertoire en mai 2026 avec « Strait to Hell », premier volet de la série « Operation Epic Furious », détournement d’Operation Epic Fury, le nom de l’opération militaire américaine en Iran. Le joueur doit y collecter assez de messages publiés sur Truth Social, le réseau social du président, pour rouvrir le détroit d’Ormuz. Pas gagné.

Le collectif répondait ici aux vidéos publiées par la Maison-Blanche et qui mêlaient images de frappes réelles et extraits de jeux de tir comme « Call of Duty » et « Halo ». « Dans l’Amérique de Trump, la guerre n’est pas seulement patriotique, elle est comme ludifiée, ficionnée. Les situationnistes appelaient ce geste un détournement, qui consiste à reprendre les images de l’adversaire pour les retourner contre lui. Guy Debord et Gil J Wolman en avaient publié le mode d’emploi en 1956.

La partie ne finit jamais

Revenons à « Nuuk ‘Em All » dont le nom lui-même est un détournement qui sonne comme « Nuke ’em all », atomisez-les tous. Le coup de théâtre se déclenche pourtant à la fin de la partie. Une fois l’aventure groenlandaise achevée, le joueur est renvoyé dans la guerre d’Iran, que Secret Handshake présente comme impossible à gagner. Le collectif y voit le moment où le jeu, après la satire et les blagues, « revient à la réalité ».

Infos pratiques

« Nuuk ’Em All », Secret Handshake, jouable gratuitement en ligne.