Une toile de 1,6 m de large, peinte à l’huile par Yurie Murashima, une Japonaise née en 1991 qui ne peint que depuis quatre ans, a reçu le grand prix du 28e prix Setsuryosha de Florence, un concours de peinture figurative organisé au Japon. Elle représente une vieille salle d’arcade d’Osaka où l’artiste allait se réfugier, adolescente.
Yurie Murashima marche sans but dans les rues d’Osaka, au Japon, pour trouver ce qu’elle va peindre. Au printemps 2025, au pied de la tour Tsutenkaku, dans le vieux quartier populaire de Shinsekai, elle tombe sur la salle d’arcade Kasuga Gorakujo. Des souvenirs remontent aussitôt. « Jeune, quand j’avais un doute, j’allais naturellement dans une salle d’arcade, a-t-elle raconté au journaliste Moriyuki Shigihara. J’y trouvais des gens comme moi, et ça me rassurait. » Elle photographie la salle, la dessine, puis la peint chez elle.
La salle qu’elle a découverte a une déjà longue histoire. Les grands-parents de son président actuel, Susumu Kobayashi, l’ont ouverte vers 1959. Elle s’est convertie au jeu vidéo à l’époque de « Space Invaders », le jeu de tir qui a rempli les salles japonaises à la fin des années 1970. Elle aligne aujourd’hui environ 95 machines, dont beaucoup de bornes des années 1980 et 1990. Pendant l’épidémie de Covid-19, son chiffre d’affaires baisse de 20 %.
La toile mesure 130 cm sur 162 et montre l’intérieur de la salle, des rangées de bornes et un plafond bariolé. Les membres du jury ont presque tous remarqué un détail. Au fond, à droite, un petit homme en casquette joue seul. Pour l’historien de l’art Masaaki Ozaki, le bleu des écrans laisse voir, derrière le vacarme, « l’ombre de la solitude ». La peintre explique qu’elle a laissé cet homme dans le tableau pour remercier ce lieu qui l’a aidée.
Le prix Setsuryosha de Florence a été créé en 1999 par Ken’ichi Sasage, est réservé aux peintres figuratifs de moins de cinquante ans qui vivent au Japon. Depuis 2014, la fondation travaille avec l’Académie des beaux-arts de Florence, en Italie. Cette année, le jury a examiné 217 toiles. Le grand prix vaut à Yurie Murashima trois mois de création à Florence, voyage et séjour compris.
À Shinsekai, la nouvelle a surpris les gérants de Kasuga Gorakujo. « C’est le décor de travail que nous voyons tous les jours, ont-ils confié. Nous n’aurions jamais imaginé qu’il devienne le sujet d’une œuvre d’art. » Le tableau est exposé avec les autres lauréats jusqu’au 30 octobre au musée métropolitain d’art de Tokyo, où l’entrée est gratuite et où les visiteurs ont le droit de photographier les œuvres.