Le jeu vidéo est une culture

Lundi 26 octobre 2026

À Montréal, l’exposition F(R)ICTION marie l’art et le jeu vidéo

La 8e Biennale ELEKTRA, consacrée à l’art numérique, présente jusqu’au 15 novembre à Montréal, au Canada, 35 œuvres-jeux qui totalisent plus de cent heures de jeu. Son exposition, « F(R)ICTION : art et jeux », réunit deux familles de créateurs qui se fréquentent peu, et trois projets français dévoilent ce que chacune apporte.

Croquis à l'encre de deux femmes assises face à face devant un micro de table, l'une tenant un bol.

Lynn Hughes et Ida Toft sont les commissaires de « F(R)ICTION : art et jeux », l’exposition que la Biennale ELEKTRA présente jusqu’au 15 novembre prochain à l’Arsenal art contemporain, à Montréal, Canada. Pour réaliser ce tour de force, elles sont parties d’un constat. Les expositions qui font entrer le jeu vidéo dans l’art contemporain montrent le plus souvent des artistes sortis des écoles d’art, alors qu’une autre lignée, née chez les créateurs de jeux expérimentaux, travaille le médium depuis les années 1980. Les deux commissaires connaissent ces deux mondes. Lynn Hughes, artiste, crée des jeux qui se jouent avec le corps, et elle a fondé en 2008 avec le sociologue Bart Simon un centre de recherche sur le jeu à l’université Concordia. Ida Toft, artiste elle aussi, dirige la production d’ELEKTRA. Elles ont voulu frotter les deux lignées l’une contre l’autre, et de ce frottement vient le titre, qui mêle la fiction et la friction.

Cette histoire parallèle débute il y a longtemps. En effet, le plus ancien jeu exposé, « Alien Garden », a été conçu en 1982 sur une console Atari par le concepteur de jeux Bernie DeKoven et par Jaron Lanier, scientifique et musicien. Quarante ans plus tard, les deux familles existent toujours, et les trois projets venus de France se répartissent de part et d’autre de la frontière.

Mélanie Courtinat vient du côté art. Née à Paris en 1993, elle enseigne l’histoire du jeu vidéo à l’École cantonale d’art de Lausanne, en Suisse, et la réalité virtuelle aux Beaux-Arts de Paris. Ses œuvres ont été montrées au Louvre-Lens (Pas-de-Calais) et au BOZAR, le palais des beaux-arts de Bruxelles, en Belgique. Elle a créé « Indulto » en 2025 pour sa première exposition personnelle à la New Galerie, une galerie parisienne qui ne se consacre pas aux arts numériques. Ce jeu en trois actes puise dans les folklores médiévaux et l’heroic fantasy, puis emprunte à la corrida la violence de sa mise en scène. Le joueur y arrache une épée de son rocher, éclairée par un de ces rayons de lumière que les jeux vidéo emploient pour guider le regard. La partie dure un quart d’heure et se termine par une mise à mort stylisée.

Medulla Studio vient de l’autre rive, le jeu. Ses quatre fondateurs, Alice David, Stella Jacob, Victor Meas Chazard et Lotta Vernhettes, sont diplômés en 2021 d’une formation au design de jeux montée par le Cnam-Enjmin, l’école du jeu vidéo d’Angoulême (Charente), et les Gobelins, l’école de l’image à Paris. Leur jeu, « Where Do Dead Malls Go? », est né comme projet de fin d’études. Le joueur y prend la relève du gardien du Daylight Mall, un centre commercial des années 1990 désormais désert, qu’il arpente et nettoie dans une esthétique héritée des jeux de la première PlayStation. Le projet a suivi le parcours d’un jeu indépendant, avec une bourse d’écriture du Centre national du cinéma (CNC) en janvier 2022, puis le prix Jeunes Talents 2023 du concours All4Games, doté de 50 000 €.

Enfin, Jonathan Coryn tient les deux bouts de la mèche. ELEKTRA le présente comme artiste et concepteur de jeux, et son « Player Non Player » est à la fois un jeu et un disque. Il l’a conçu avec le groupe Agar Agar, rencontré à l’école, et l’album du groupe porte le même titre. Le joueur arrive sur une île mélancolique, où quatre personnages tourmentés attendent de partir en paix. Pour les y aider, il ne combat pas, il les caresse ou les saisit. Ce jeu queer sur le deuil mélange l’énigme et la simulation de séduction, et il incarne à lui seul la rencontre que l’exposition met en scène.

Lynn Hughes connaît le public français. En 2012, elle a mené l’équipe de commissaires de « Joue le jeu », une grande exposition sur la culture du jeu présentée à la Gaîté lyrique, à Paris. Avec « F(R)ICTION : art et jeux », ce sont des créateurs français qui ont traversé l’Atlantique pour jouer chez elle.

Infos pratiques

F(R)ICTION : art et jeux

Nature
Exposition
Lieu
Montréal, Arsenal art contemporain, 2020 rue William, Canada
En pratique
« F(R)ICTION : art et jeux », Arsenal art contemporain, 2020 rue William, Montréal, jusqu’au 15 novembre. Entrée 25 dollars canadiens, le billet permet de revenir autant de fois qu’on le souhaite. elektramontreal.ca